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Il est temps de parler d’argent.

Se plonger dans une autre époque

Les années 1980 redeviennent soudain à la mode. Pourquoi les tendances se répètent-elles? La futurologue Senem Wicki lʼexplique par la nostalgie et la recherche de ce qui nous est familier.

Basse, beat et synthétiseur: les chansons de jeunes stars de la pop comme The Weeknd, Dua Lipa et Ava Max font penser de façon frappante aux titres des années 1980 comme «Running up that Hill» de Kate Bush. Près de 40 ans après sa sortie, celui-ci a fait son comeback dans les charts grâce à la série rétro années 1980 «Stranger Things» sur Netflix.

Senem Wicki nʼest pas musicienne, mais elle sʼintéresse à lʼévolution en tant que futurologue. Pourquoi cesvagues de nostalgie récurrentes? Pourquoi ce grand retour des années 1980? «Autrefois, la règle générale était que la mode se répète tous les 18 ans», indique-t-elle. Un phénomène qui sʼexpliquerait par le fait que «la nostalgie est associée à la notion de patrie. Certaines études prouvent que ce sentiment a même un effet analgésique.» Le futur a toujours une origine. «Notre culture ne se développe pas à partir de rien: nous construisons toujours quelque chose de nouveau à partir de lʼexistant.»

De «in» à «out»

Selon la spécialiste, les cycles de développement technologique et culturel se raccourcissent, ce qui explique que le fameux «Zeitgeist» (air du temps) évolue aussi plus vite. Ce rythme nous met au défi, car la plupart dʼentre nous voulons être dans lʼair du temps: «Il est vrai que dans notre société individualisée, chacun pourrait inventer son propre air du temps, mais nous sommes des animaux grégaires et voulons faire partie du groupe, explique-telle. Les habitudes ancrées en nous nʼont pas la célérité du ‹Zeitgeist›. Il peut donc nous paraître difficile non seulement de comprendre la nouveauté, mais aussi de lʼadopter. Cʼest la raison pour laquelle le langage inclusif ne sʼest pas encore imposé, par exemple.»

Pourquoi certaines traditions survivent-elles aux changements dʼépoque, et dʼautres non? Pour Senem Wicki, cʼest une question de besoins fondamentaux: «Nous nous serrons de nouveau la main, ce qui aurait été impensable pendant la pandémie de coronavirus. Pourquoi? Nous avons un profond désir de lien à lʼautre.» Par contre, le guichet, lui, a quasiment fait son temps: aujourdʼhui, la plupart des billets sʼachètent sur téléphone portable. «Quand un nouveau contexte offre une meilleure solution, la précédente devient obsolète.»

Les États-Unis ne lancentplus les tendances

Lʼépoque où toutes les nouvelles tendances venaient des États-Unis est bel et bien révolue. Elles apparaissent simultanément dans un monde globalement connecté, de façon plus fragmentée et moins univoque, comme le constate la futurologue: «Les États-Unis et lʼAsie souhaitent prendre la tête de la course à lʼintelligence artificielle. Mais aujourdʼhui, cʼest souvent la Scandinavie qui donne lʼélan aux évolutions sociales. On nʼa plus besoin dʼaller à Los Angeles pour identifier les tendances. Au contraire, on entrevoit déjà le futur dans notre quotidien. Nous devons donc tous développer nos compétences pour lʼavenir, cʼestà-dire anticiper ce quʼil nous réserve pour trouver activement la manière dont nous pouvons saisir ces opportunités.» Pour y parvenir, Senem Wicki conseille aussi de rêver: «Quand on se lève, demandons-nous: que se passerait-il si…? À quoi ma vie quotidienne pourrait-elle ressembler dans cinq ans? Plus nous envisageons lʼavenir sous des jours différents, plus notre capacité de représentation sera grande.»

Senem Wicki est diplômée de Kaospilot, experte en innovation et futurologue. Elle est copropriétaire de kühne wicki Future Stuff.